Le désarroi idéologique - L'avenir

AuteurPhilippe Quarré
Pages211-215

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«Est-il possible que dans le domaine du destin, l'homme vaille plus par l'approfondissement de ses questions que par ses réponses ?»

André Malraux, Le Miroir des Limbes I

Il y a déjà quelques années maintenant, comme le temps passe, feu le professeur Hermann Bekaert, dont j'ai eu l'honneur d'être l'étudiant, et ensuite le collaborateur et l'assistant, intitulait un des chapitres du cours d'Introduction au droit, à l'Université de Bruxelles : «Le désarroi idéologique». Il me pardonnera d'avoir repris ce titre.

Ce désarroi est toujours présent. Bien plus, il s'est amplifié. Il concerne le droit dans sa présentation, comme dans son contenu, dans son interprétation, comme dans son application.

J'ai participé, en 1994, à une émission de débat sur RTL-TVI qui a donné lieu à un sondage téléphonique sur la question «Faites-vous confiance à la justice? ». La réponse a été non à quelque 90%. C'est tout à fait anormal, et injuste.

Mais le fossé se creuse car la Justice devient lente, confuse et inefficace, par des mécanismes mal conçus.

Que dire des valeurs qui en sont la base ?

Nous nous trouvons tous confrontés aux amalgames, aux incohérences et à la démagogie politique. Dès après les attentats du 11 septembre 2001, nous avons vu apparaître dans les médias le message de ceux qui trouvaient des raisons et des justifications à Ben Laden et à ses actions. Oh, bien sûr ! Il existe des explications à l'apparition des mouvements terroristes et nous devons absolument nous décider à agir pour soulager la misère qui existe dans une grande partie du monde, prendre les problèmes à leur base. Mais de là à justifier les terroristes par des prises de position politiques primaires, il y a une marge. Pourquoi, à ce train-là, ne pas absoudre les criminels nazis sur base du fait, incontestable en soi, que la situation lamentable faite à l'Allemagne par le Traité de Versailles à l'issue de la première guerre mondiale, a favorisé et explique la naissance et le développement du national- socialisme ?

Il est certes des erreurs que nous ne devons pas rééditer. La lutte contre le terrorisme passe par la nécessaire prise en compte de la Page 212 misère qui règne de par le monde, que nous devons trouver les moyens de résoudre, une fois pour toutes. N'est-il pas évident que certains conflits actuels n'existeraient pas si tous les protagonistes vivaient libres, heureux et opulents ?

Mais il y a, il faut le souligner, une intolérable tendance à s'approprier, au nom des événements, de la religion, de l'histoire, un rôle de «juste» et les droits qui en découleraient. Le très actuel et médiatique philosophe français, Bernard-Henry Lévy, dans le cadre d'une interview diffusée le 6 décembre 2001 par la RTBF, qui portait sur le rôle des médias face à la guerre...

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